«Fripes party», chapitre I
«Fripes party», chapitre I
Il fut un temps où les dimanches étaient consacrés aux thés dansants et à la messe. Robes et chapeaux noirs étaient de guise.
Aujourd’hui, croyez-le ou non, le jour du seigneur est vraiment à la mode. D’ailleurs, en ce jour sacré, le petit péché mignon des «nones de la mode» se traduit souvent par du farfouillage aux marchés aux puces ou par une course aux brocantes.
On a même entendu dire qu’il y a un groupe de filles appelées « petites fripeuses » qui se réunissent pour échanger leurs fringues. Elles baptisent ces rendez-vous «les fripes party».
D’ailleurs, c’est notre très chère «Yvette», de son prénom, «De Marseille», de son nom qui a ouvert le culte et a accueilli les petites fripeuses le dimanche 4 octobre dernier pour la première «fripes party».
Une Petite Fripeuse se confesse….
Tout a commencé à 7h00 du matin. Réveil au milieu des cartons Banane remplis de plus de 900 trésors. Vêtements, sacs, ceintures, chaussures et bijoux de seconde main - alias les fripes - dorment encore et rêvent déjà d’être mises sur cintres, d’être chaussées et d’être portées. Non pas qu’elles s’ennuient ou que leurs anciennes propriétaires leurs manquent mais cela fait des semaines qu’elles sont trimballées de sacs en sacs, de mains en mains de Lausanne à Genève, en passant par Morges. Dotées d’une étiquette - comme une seconde vie - les voilà maintenant prêtes et impatientes, le jour j, de découvrir leurs nouvelles héritières.
13h00, les voilà enfin à l’air pur, dans l’attente des petites fripeuses, entourées de leurs congénères ou plutôt de leurs concurrentes. Les bottes noires Marc Jacobs volent la vedette à la paire de sandale Gucci, elle placée sur la gauche de la table à jeans, un peu en retrait. On entend le caban du chaperon rouge ricaner devant la simplicité du manteau gris Zara, qui lui répond à son tour que lui, au moins, il date de la saison dernière et non pas de l’époque de sa grand mère. Les pièces à 5 et 7 «fripes» se demandent pourquoi elles sont toutes entassées dans une grande male. «C’est pour mieux farfouiller mes enfants» leur lance le manteau rouge. Les bijoux, sur un arbre perché, trépignent d’impatience afin de pouvoir décorer le cou d’une belle demoiselle. Les sacs se chevauchent et se bousculent pour être au premier rang lors de «la grande arrivée» à 14 heures.
13h45 et voici les premières fripeuses. La route fut longue depuis Lausanne, mais cela en vaut la peine.
13h55, la terrasse d’Yvette, dont le soleil fait l’honneur de sa présence, grouille de fripeuses, munies de leurs sacs vides, qui observent, se concertent et n’attendent qu’une chose, recevoir leurs cartes, leurs nombres de fripes et partir «à la quête du bonheur».
Petites photos devant le mur d’Yvette, histoire de faire passer le peu de temps qui reste.
13h59, à l’intérieur, nos amies les fripes sont surexcitées, leurs étiquettes ne cessent de battre, leurs pressions montent.
14h00, ca y est, elles sont convoitées, reluquées, essayées, mises de côté. Elles revivent enfin!
14h00 et des poussières, les fripeuses continuent d’arriver en petit groupe, accompagnées de leurs familles, de leurs amis. Mais c’est déjà la course à la fripe. Vite.
Une fripeuse suggère : «voulez-vous vous changer ? Des cabines sont à votre disposition». En vain. Pas le temps. On fouille, on réserve, on se bouscule devant le miroir, on check sa pointure, sa taille, ses fripes, on fait les comptes, on prend, on repose, on reprend.
14h30, premiers passages à la «caisse» du petit fripeur, trois petits tours et puis s’en vont, leurs «crédits de fripes» dans une main, leurs sacs remplis de nouvelles pièces dans l’autre. Puis, vu que le soleil est toujours au rendez-vous, on profite de la terrasse, des mojitos et des tapas, on continue à guigner si le superbe sac qu’on nous a piqué sous le nez a été reposé ou si on peut repartir en regrettant de ne pas être venue à 14 heures tapante, «on saura pour la prochaine fois».
15h00, 15h30, on a pris possession des cabines, quand-même, pour les derniers essayages et on fait un dernier tour, ne sait-on jamais, on peut avoir oublié un petit trésor caché sur les portants à moitié vide maintenant.
16h00, les pièces restantes s’inquiètent de leurs sors. Auront-elles la chance d’être parmi les guest à la prochaine party ? Pas sûre. Elles seront peut-être mieux au sein d’une association, pour la bonne cause.
16h30, les voilà vraiment seules. 2h30 auparavant, une vingtaine de filles réunies, puis maintenant, le silence. Juste la musique qui résonne et des voix au loin sur la terrasse.
17h00, fin des festivités, c’est malheureusement déjà l’heure de remballer et de rentrer.
Ne vous inquiétez pas, chères fripes, on vous donnera certainement une deuxième chance car le réseau des petites fripeuses n’a pas fini de s’agrandir. Ces dernières vous donnent d’ailleurs rendez-vous en début d’année pour la deuxième fripes party.
Tenez-vous prêtes, chères fripes bénites, vous allez encore inciter au péché et faire des heureuses. Amen?
samedi, 10 octobre 2009







